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Accueil > Côté Patrimoine > Hommes et femmes célèbres > Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord - Homme célèbre du Berry

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Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, communément nommé Talleyrand, est un homme politique et diplomate français, né le 2 février 1754 à Paris, décédé à Paris le 17 mai 1838.

Issu d'une famille de la haute noblesse, il s'oriente vers la voie ecclésiastique, à la suite de son oncle, l'archevêque de Reims. Il devient prêtre, puis évêque d'Autun.

Abandonnant le clergé pendant la Révolution, il mène une vie laïque ; il va jusqu'à se marier. Occupant des postes de pouvoir politique durant la majeure partie de sa vie, il est agent général du clergé sous l'Ancien Régime, député, président de l'Assemblée nationale et ambassadeur pendant la Révolution française, ministre des Relations extérieures sous le Directoire, ministre des Affaires étrangères sous le Consulat puis sous le Premier Empire, ambassadeur et président du Conseil des ministres sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie de Juillet, et assiste à quatre couronnements.

Spécialisé dans les questions économiques et financières (en particulier, il propose la nationalisation des biens du clergé), puis dans la diplomatie (l'apogée de sa carrière est le congrès de Vienne), il est réputé pour son esprit et son intelligence, menant une vie entre l'Ancien Régime et le XIXe siècle.

Décrit comme le « diable boiteux », un traître plein de vices et de corruption, ou comme un homme des Lumières fidèle à la France, soucieux d'harmonie et de raison, admiré ou détesté par ses contemporains, il suscite de nombreuses études historiques et artistiques.

Une carrière politique de haut niveau

Constituante
Durant les états généraux, il se rallie au tiers état ; le 14 juillet 1789 (renouvelé le 15 septembre), il est signataire de la Constitution de 1791. Le 16 février 1790, il est élu président de l'Assemblée. Alors que la Constitution va être adoptée, Talleyrand et les royalistes constitutionnels sont alors à l'apogée de leur influence sur la Révolution. Talleyrand propose à l'Assemblée constituante le 7 juin 1790 le principe d'une fête célébrant l'unanimité des Français.

Le 28 décembre 1790, il prête serment à la constitution civile du clergé puis démissionne de sa charge épiscopale. Durant l'année 1791, il rédige un important rapport sur l'instruction publique, ce qui provoque la création de l'Institut de France.

Au début de l'année 1792, Talleyrand est envoyé en mission diplomatique à Londres. Il y retourne avec François Bernard Chauvelin afin de rassurer la monarchie britannique sur la politique française. En dépit de l'atmosphère hostile, ils obtiennent la neutralité des Britanniques le 25 mai. Il rentre à Paris le 5 juillet.

Exil

Anticipant la Terreur, il repart rapidement pour Londres muni d'un ordre de mission arraché le 7 septembre à Danton (après un mois de demandes, sous le prétexte de travailler à l'extension du système de poids et de mesures, ce qui lui permet de prétendre qu'il n'a pas émigré : « Mon véritable but était de sortir de France, où il me paraissait inutile et même dangereux pour moi de rester, mais d'où je ne voulais sortir qu'avec un passeport régulier, de manière à ne m'en pas fermer les portes pour toujours ».
Le 5 décembre, un décret d'accusation est porté contre le « ci-devant évêque d'Autun » après l'ouverture de l'armoire de fer qui révèle les liens entre lui, Mirabeau et la famille royale ; se gardant bien de revenir en France, Talleyrand est porté sur la liste des émigrés.

Expulsé de Grande-Bretagne en 1794 (l’alien bill ou « loi sur les étrangers », lui est appliquée en janvier de cette année), où il souffrait à la fois du manque d'argent et de la haine des émigrés, il se réfugie aux États-Unis, où il exerce les métiers de prospecteur immobilier dans les forêts du Massachusetts, puis de courtier en marchandises.

Il rentre en septembre de l'an IV (1796) à la suite de la levée du décret d'accusation de la Convention à son encontre, Marie-Joseph Chénier ayant fait un discours en ce sens (avec l'appui de Germaine de Staël avec qui Talleyrand correspond et son amant Benjamin Constant). Il est rayé de la liste des émigrés et retrouve la France du tout jeune Directoire.

Directoire

Peu après son arrivée, Talleyrand entre à l'Institut de France (il avait été élu à l'Académie des Sciences morales et politiques avant même son départ des États-Unis, le 14 décembre 1795) et publie deux essais sur la nouvelle situation internationale, fondés sur ses voyages hors de France. Dès sa nomination comme Ministre des Relations Extérieures, Talleyrand écrit à Napoléon Bonaparte :

« J'ai l'honneur de vous annoncer, général, que le Directoire exécutif m'a nommé ministre des Relations extérieures. Justement effrayé des fonctions dont je sens la périlleuse importance, j'ai besoin de me rassurer par le sentiment de ce que votre gloire doit apporter de moyens et de facilité dans les négociations. Le nom seul de Bonaparte est un auxiliaire qui doit tout aplanir. Je m'empresserai de vous faire parvenir toutes les vues que le Directoire me chargera de vous transmettre, et la renommée, qui est votre organe ordinaire, me ravira souvent le bonheur de lui apprendre la manière dont vous les aurez remplies. »

Séduit par le personnage, Bonaparte écrit au Directoire pour lui signifier que le choix de Talleyrand « fait honneur à son discernement ». Le 3 janvier 1798, Talleyrand donne une fête somptueuse en son honneur, en l'hôtel de Galliffet, où est installé le ministère. Il soutient l'expédition d'Égypte, tout en refusant de s'y impliquer activement, ne se rendant pas comme convenu avec Bonaparte à Constantinople, provoquant la colère de ce dernier.

La politique de Talleyrand, qui parfois va à l'encontre même de celle des directeurs, a pour but de rassurer les États européens et d'obtenir l'équilibre et la paix ; il fait part de ses réserves sur la politique de « libération » des pays conquis. Il prend possession de l'administration des Affaires étrangères.

Le 13 juillet 1799, suite à plusieurs scandales, il démissionne du ministère. Il se consacre à la préparation du coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799) en conspirant contre le Directoire avec Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès.

Consulat

Après le coup d'État, il retrouve son rôle de ministre face aux cours d'Europe, peu mécontentes de la fin du Directoire. Bonaparte et Talleyrand s'accordent sur le fait que les affaires étrangères relèvent du domaine exclusif du Premier Consul : le ministre ne rend compte qu'à Bonaparte.

Il achète le château de Valençay, encore sur demande de Bonaparte, et avec son aide financière. Le domaine s'étend sur environ 120 km2, ce qui en fait l'une des plus grandes propriétés privées de l'époque. Talleyrand y séjourne régulièrement.

Empire

Nommé grand chambellan le 11 juillet 1804, il assiste le 2 décembre 1804 au sacre de Napoléon Bonaparte. Il est également nommé grand cordon de la Légion d'honneur au début de 1805, dans la première promotion.

En 1806, il reçoit le titre de « prince de Bénévent », petite principauté confisquée au pape. Le 12 juillet de la même année, il signe le traité créant la Confédération du Rhin, toujours sur ordre de Napoléon. Il prend un peu plus tard la décision de démissionner de son poste de ministre. Sa démission est effective le 10 août 1807.

A partir de 1807, Talleyrand se détache peu à peu de l'empereur mais reste cependant son conseiller. Il lui déconseille fortement d'entamer la guerre en Espagne, « en exposant l'immoralité et les dangers d'une pareille entreprise ». L'empereur ne tient pas compte de l'avertissement et capture par la ruse les infants d'Espagne puis confie leur garde à Talleyrand, qui les loge durant sept ans dans le fastueux château de Valençay acquis par Talleyrand quelques années plus tôt sur les conseils pressants de Napoléon.

Congrès de Vienne

Louis XVIII charge Talleyrand logiquement de représenter la France au congrès de Vienne. Le 3 octobre 1814, Talleyrand menace de ne plus assister à aucune conférence. Il se pose en défenseur des petites nations qui assistent à partir de ce moment aux délibérations et exploite les divisions qui se font jours entre les quatre. Allié à l'Autriche et au Royaume-Uni, il s'oppose à la Prusse et à la Russie : la première n'obtient qu'un morceau de la Saxe et la seconde qu'une partie de la Pologne qu'elles se partagent. En effet, Talleyrand est partisan d'une Allemagne fédérale qui soit le centre d'équilibre entre les différentes puissances, en particulier la Prusse et l'Autriche. La Prusse et la France se retrouvent avec une frontière en commun.

En échange de la principauté de Bénévent, Talleyrand obtient une compensation financière, et le titre de duc de Dino (du roi des Deux Siciles), qu'il transmet à son neveu, et par là à sa nièce Dorothée, qui a brillé durant le congrès.

Seconde Restauration

Au terme du congrès, la France conserve ses conquêtes de 1792, mais Napoléon Bonaparte revient de l'île d'Elbe, porté en triomphe par les Français, ce qui ruine l'opinion des Alliés à leur sujet. Talleyrand, désormais le représentant d'un roi en exil et discrédité, reste aussi en très mauvais termes avec Louis XVIII.

Talleyrand conserve son poste, et, le 9 juillet 1815, il est nommé président du Conseil des ministres. Il réussit à constituer, contrairement à 1814, un gouvernement.
En 1815, Talleyrand est nommé grand chambellan de France. Pour la première fois depuis son retour des États-Unis, il n'est pas au pouvoir, se répandant contre son successeur, le duc de Richelieu, certain d'être rappelé au pouvoir. Il est officiellement en disgrâce (après une sortie contre Élie Decazes, le ministre de la Police, il est interdit de se présenter à la cour et se sépare de sa femme.

L'avènement de Charles X, chef du parti ultra, lui enlève ses derniers espoirs de retour au pouvoir. Il se rapproche des orléanistes (du duc d'Orléans et de Madame Adélaïde), et reste la bête noire des ultras. C'est à cette époque que le jeune Adolphe Thiers s'introduit auprès de lui : Talleyrand l'aide à monter son journal, le National, qui se retrouve au cœur de la contestation des Ordonnances de Juillet qui provoque les Trois Glorieuses et la chute de Charles X.

Monarchie de Juillet

En juillet 1830, alors que l'incertitude règne, Talleyrand expédie le 29 juillet un billet à Adélaïde pour Louis-Philippe d'Orléans, lui conseillant de se rendre à Paris. Louis-Philippe revient à Paris le lendemain, se rend pour entretien chez Talleyrand et prend son parti, aidé par ce dernier par l'entremise d'Adolphe Thiers.
Louis-Philippe, une fois roi, après avoir souhaité faire de lui son ministre des Affaires étrangères, nomme rapidement, à sa demande, Talleyrand ambassadeur extraordinaire à Londres, afin de garantir la neutralité du Royaume-Uni vis-à-vis du nouveau régime.

Dès son arrivée dans la capitale britannique, Wellington reçoit Talleyrand à un dîner où il évoque « la malheureuse révolution de juillet ». Aussitôt, l'ambassadeur relève la formule et déclare au Premier ministre que cette révolution n'est un malheur ni pour la France, ni pour les autres États, avec lesquels le nouveau régime veut avoir les meilleures relations. Talleyrand travaille sur le projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : le rapprochement du Royaume-Uni et de la France, base de l'Entente cordiale : les deux pays interviennent conjointement pour obliger le roi de Hollande à respecter la nouvelle indépendance de la Belgique.

Pendant ce temps, en France, Talleyrand est très haut dans l'estime du roi (ce dernier le consulte sans cesse, lui propose le poste de Premier ministre, proposition qu'il esquive) et avec l'élite politique, sa réputation est au plus bas. C'est en effet à cette époque que débute la haine généralisée des partis à son encontre. Il devient le « diable boiteux », celui qui a trahi tout le monde.

Talleyrand reste en poste jusqu'en août 1834, puis il quitte son poste. Il renonce à la présidence du conseil, qui est confiée à Thiers (Talleyrand participe à la formation du gouvernement) puis à la scène publique et se retire dans son château de Valençay. Son activité politique décroit cependant. Il reçoit Honoré de Balzac et met la dernière main à ses mémoires. En 1837, il quitte Valençay et retourne s'installer dans son hôtel de Saint-Florentin à Paris.

À l'approche de la mort, il doit négocier un retour à la religion pour éviter à sa famille le scandale d'un refus de sacrements et de sépulture. Après un discours d'adieu à l'Institut, ses proches confient à l'abbé Dupanloup le soin de le convaincre de signer sa rétractation et de négocier le contenu de celle-ci, que Talleyrand, qui joue une fois de plus sur le temps, ne signe que quatre heures avant sa mort. Il peut recevoir l'extrême-onction. Au moment où le prêtre doit, conformément au rite, oindre ses mains avec le saint-chrême, il déclare : « N'oubliez pas que je suis évêque, reconnaissant ainsi sa réintégration dans l'Église. L'événement, suivi par le tout-Paris, fait dire à Ernest Renan qu'il réussit « à tromper le monde et le Ciel ».

Lorsqu'il apprend que Talleyrand est à l'agonie, le roi Louis-Philippe décide, contrairement à l'étiquette, de lui rendre visite. « Sire, murmure le mourant, c'est un grand honneur que le roi fait à ma Maison ». Il meurt le 17 mai 1838.

Des funérailles officielles et religieuses sont célébrées le 22 mai.

Son corps est placé dans la crypte qu'il avait fait creuser sous la chapelle de la maison de charité qu'il avait fondée en 1820 à Valençay, où son corps momifié est ramené de Paris le 5 septembre ; ce lieu devient la sépulture de ses descendants.

Jusqu'en 1930, une vitre laisse voir son visage momifié. La plaque de marbre qui recouvre une face du sarcophage de marbre noir placé dans un enfeu porte : « Ici repose le corps de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince duc de Talleyrand, duc de Dino, né à Paris le 2 février 1754, mort dans la même ville le 17 mai 1838 ».

 

 
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