Publié le 26 juillet 2021

Les châteaux de Valençay et d’Azay-le-Ferron, côté jardins

S’ils mettent en valeur et participent à la grandeur des édifices auxquels ils servent d’écrin, les parcs et jardins sont souvent eux-mêmes de vrais bijoux à découvrir à part entière. Coup de projecteur sur ceux des châteaux de Valençay et d’Azay-le-Ferron, dans l’Indre.

Lorsque l’on visite un château, le clou de la visite, c’est… le château. Logique. Mais parcs, jardins et autres allées forestières, chargés eux aussi d’histoire et savamment ordonnancés selon la mode végétale d’une époque, constituent également un spectacle à eux seuls.

Les châteaux d’Azay-le-Ferron (à gauche) et de Valençay (à droite) ©Sarah Arnould

Comme le château de Valençay auquel ils servent d’écrin, les 56 hectares de ses parc et jardins sont eux aussi classés monument historique. Et pour cause : sillonner les allées du parc, c’est marcher dans les pas de Talleyrand et des princes espagnols qui y furent détenus sur ordre de Napoléon qui avait placé son frère sur le trône d’Espagne. Au gré de la promenade dans le parc, on découvre la Taverne des Espagnols, ancienne grotte transformée en buvette où les princes ibériques venaient se désaltérer lors de leurs flâneries, la salle de bal, placette circulaire au cœur de la forêt où ces mêmes princes venaient tromper l’ennui en dansant, les Glacières, sortes de taupinières géantes où la glace collectée en hiver pouvait être conservée toute l’année… Et bien d’autres témoignages de la vie quotidienne au château de Valençay au début du XIXe siècle. Le parc aux daims situé au cœur du parc existait lui aussi déjà du temps de Talleyrand.

Château de Valençay ©Isabelle Bardiau

Tradition et modernité

Le site est donc resté fidèle à son passé, mais il est aussi empreint de modernité, à l’image du jardin à la française qui accueille les visiteurs, d’inspiration classique mais dessiné au début du XXe par le célèbre paysagiste Édouard André. À l’image aussi de la grande perspective, ce grand jardin créé en 2016 par Noémie Malet, paysagiste DPLG, d’après une gravure de 1705 représentant le parc. Le dessin du jardin a été conservé, mais sa composition a été repensée avec des allées en gazon, des plates-bandes de vivaces, des structures métalliques supportant des rosiers grimpants évoquant des topiaires… Cinq ans après sa création, la grande perspective prend aujourd’hui toute sa mesure.
Encore quelques pas et le jardin de la Duchesse, en contrebas de la cour d’honneur, offre une vue plongeante sur la vallée du Nahon et le pavillon de chasse de la Garenne, commandé par Talleyrand.
Et puis, les jardins de Valençay sont aussi écoresponsables puisque leur entretien est réalisé dans le respect de la charte Zéro pesticide. Le réseau de grottes présent dans le parc constitue quant à lui un site majeur d’hibernation des chauves-souris, qui lui vaut d’être classé Natura 2000.

La Grande Perspective, jardin du chateau de Valençay

La Grande Perspective, jardin du château de Valençay ©Lezbroz

Bouquets d’arbres et perspectives

Le château d’Azay-le-Ferron, aux confins de la Brenne, date du XVe siècle pour sa partie la plus ancienne, mais l’aménagement de ses extérieurs a essentiellement été réalisé au cours des deux derniers siècles. Le jardin à la française qui accueille les visiteurs côté jardin, avec ses broderies de buis et ses superbes topiaires, date ainsi du début du XXe siècle. Une introduction de style classique qui ouvre sur le parc paysager de 26 hectares, aménagé au XIXe siècle par les frères Bühler. D’inspiration romantique, il offre aux visiteurs plusieurs possibilités de promenades pleines de surprises et de découvertes. « Un parc romantique est un parc paysager dont l’une des particularités consiste dans le fait que les arbres sont plantés par bouquets, explique Alain Crantelle, guide-conférencier du château d’Azay-le-Ferron. Si l’on regarde depuis chaque bouquet en direction du château, la perspective est différente : elle donne sur le château, puis sur la galerie, et si l’on marche vingt mètres de plus, le château est complètement masqué. » Chaque bouquet d’arbres – une quarantaine en tout – est constitué d’une essence particulière : pin noir d’Autriche, sequoia, cèdre de l’Himalaya, chêne américain, cèdre de l’Atlas… Une diversité encore renforcée par un arboretum que l’on traverse en revenant vers le château. La forte densité d’arbres centenaires qui peuplent le parc confère à ce dernier beaucoup de majesté et il en émane une grande sérénité. « Et si un arbre meurt ou est déraciné par une tempête, c’est la même essence qui est replantée afin de rester fidèle à l’esprit initial du parc », précise Alain Crantelle.

Jardins du château d’Azay-le-Ferron ©Sarah Arnould, Isabelle Bardiau

Sculptures métalliques plus vraies que nature

Une autre particularité d’un parc romantique réside dans le fait que les allées y sont sinueuses, jamais droites, et que beaucoup d’éléments ne se dévoilent qu’une fois arrivés tout près d’eux. C’est ainsi le cas du grand bassin et de son buffet d’eau, situés dans l’axe du château. Cette saison, d’autres découvertes attendent par ailleurs les visiteurs avec l’exposition du sculpteur Jérôme Garreau, intitulée « Le loup et le Cerf ». L’artiste a peuplé le parc avec ses animaux métalliques, dans des scènes pleines de réalité qui se fondent littéralement dans les lieux.
Ici aussi, le souci de l’environnement est très présent et la fauche tardive, qui favorise la biodiversité, ajoute encore au romantisme des lieux en laissant sa part aux herbes hautes.
Classé monument historique et Jardin remarquable, le parc d’Azay-le-Ferron continue d’évoluer et de s’enrichir. Depuis 1996, un verger conservatoire a ainsi été planté avec 160 variétés de pommiers et poiriers, ainsi que 40 variétés de vignes, et un grand jardin fleuri a été mis en place avec, notamment, une collection de rosiers.

Le loup et le cerf au château d’Azay-le-Ferron ©Isabelle Bardiau

Entre tradition et modernité, les parcs et jardins des châteaux de Valençay et d’Azay-le Ferron ont leurs propres histoires à raconter et leurs propres atmosphères à faire partager. S’y promener, c’est aussi découvrir d’une autre manière, sous un autre angle ou avec une autre perspective les prestigieux édifices qu’ils entourent et valorisent.

  • 26 juillet 2021
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J'ai découvert le Berry lors d'une pause en direction du Sud. Un havre de paix où j'ai pris racine et dont je continue de découvrir les richesses vingt ans après.


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