Publié le 6 octobre 2021

La Pommeraie idéale, une expérience unique

À Saint-Denis-de-Jouhet, Dominique Stillace mène un projet original entre création artistique et architecture végétale, en utilisant un savoir-faire ancien et rare : les formes jardinées. Un travail de patience et de persévérance puisque la Pommeraie idéale, telle qu’il l’a imaginée, demandera deux générations avant d’être complètement achevée.

Dans un monde 2, 3 ou 4.0, où tout va de plus en plus vite, Dominique Stillace, lui, fait l’éloge de la patience. Le projet qu’il mène depuis une quinzaine d’années déjà aura encore besoin de quelques décennies supplémentaires pour toucher au but. Mais c’est aussi cela qui fait la beauté de l’expérience unique de La Pommeraie idéale.

Dominique Stillace, propriétaire de la Pommeraie Idéale ©Isabelle Bardiau

Dominique Stillace a été jardinier professionnel pendant plus de quarante ans, officiant notamment au Jardin des Cinq Sens, situé au bord du lac Léman, en Haute-Savoie. Un lieu qui accueille chaque année des dizaines de milliers de touristes.

Mais c’est à un tout autre accomplissement qu’il aspire aujourd’hui, celui d’un projet personnel au carrefour entre création artistique, architecture végétale et savoir-faire patrimonial, pour lequel il s’est installé dans l’Indre, à Saint-Denis-de-Jouhet, en 2006.

Trois hectares et sept jardins

La Pommeraie idéale s’étend sur trois hectares et comporte sept jardins distincts. Quatre d’entre eux présentent des formes jardinées, c’est-à-dire des arbres fruitiers palissés « à plat », ou conduits sur des formes en volumes. « Ces techniques ont commencé à la Renaissance. À la grande époque, les célèbres murs à pêches de Montreuil couraient sur 600 kilomètres », explique Dominique Stillace. Puis, ce savoir-faire qui réclame tant de patience et de persévérance est tombé en désuétude au point d’être menacé de disparition aujourd’hui. « Je cherche à préserver ces techniques. La crainte, c’est que plus personne ne sache faire cela. Je suis d’ailleurs en contact avec les Amis du potager du roi à Versailles qui souhaitent faire inscrire les formes jardinées au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. » Mais Dominique Stillace va encore plus loin. Passé par les Beaux-arts, il a été dessinateur, illustrateur, et « j’ai eu un prix d’imagination quand j’étais en maternelle », confie-t-il avec un sourire. Alors, il fait plus que sauvegarder, il crée : chaque jardin a été préalablement dessiné et la courbure qu’il donne aux arbres suit scrupuleusement le trait du crayon. Et pour corser le tout, il invente des formes jardinées complètement originales, tel ce pommier en palmettes avec huit pans de branches obliques rayonnantes. « C’est cela qui m’intéresse : créer des choses qui n’existent pas encore, entre la sculpture, l’architecture, le végétal ». Un peu plus loin, d’autres formes se dessinent sur des structures métalliques dont certaines font plusieurs mètres de haut : un vase à huit branches montant en spirales, un vase à seize branches, etc.

Jardins Pommeraie Idéale à St-Denis-de-Jouhet ©Isabelle Bardiau

Au rythme de 25 cm par an

Les formes jardinées croissent au rythme de 25 cm par an. « En laissant filer la branche, je n’aurais pas de fruits sur toute la longueur », explique Dominique Stillace.  À cette vitesse, certaines formes n’atteindront la forme recherchée qu’en… 2053. Un travail sur deux générations. D’autant qu’il faut aussi faire avec le grignotage des chevreuils, les maladies, les branches qui ne suivent pas forcément la direction qu’on leur donne, etc., obligeant de régulièrement remettre l’ouvrage sur le métier.

La Pommeraie idéale est donc encore une création inachevée, mais sa visite réserve déjà de belles découvertes. Avec une quinzaine d’années d’existence, « elle commence à être crédible visuellement », à l’instar du cloître, l’un des sept jardins, qui reproduit un vrai cloître de monastère à l’aide de pommiers guidés sur une structure métallique reproduisant des ogives de style gothique. Le jeu de cache-cache – une broderie de charmilles parsemée de pommiers d’Api – est, quant à elle, impressionnante de finesse avec ses volutes délicatement taillées. Bien sûr, certains jardins sont moins avancés, mais c’est ce côté même de « projet en cours » qui fait aussi la particularité et  l’intérêt de la visite ; d’autant que chaque visite est commentée par le maître des lieux, avec beaucoup de pédagogie et de passion communicative.

Des jardins dessinés minutieusement par Dominique ©Isabelle Bardiau

Plus de 150 variétés de pommiers

Et puis, bien sûr, il y a les pommiers. Certes, ils sont ici avant tout un instrument, un matériau pour une création, mais le parc en recèle tout de même une très belle collection de plus de 150 variétés : le pommier préhistorique (malus sylvestris) auquel Dominique Stillace consacre un jardin entier, les 36 variétés de reinettes réunies dans le Clos des Reinettes, le Clos des Belles constitué de variétés dont le nom commence par Belle, les pommiers aux noms amusants de La Saveur des noms (Tête de chat, Jambe de lièvre, Peau de vache verte…), etc.

Le travail de Dominique Stillace ne vous laissera pas indifférent : surprenant, impressionnant de technique, beau tout simplement, frustrant aussi par son côté inachevé. C’est tout cela qui en fait le caractère original et rare.

Un cocktail qui n’a pas manqué d’attirer l’œil des médias. En 2020, la télévision belge RTBF est venue y tourner un reportage et, en juin dernier, c’est Stéphane Marie qui y a posé les caméras de Silence ça pousse. L’émission sera diffusée en 2022.

150 variétés de pommiers ©Isabelle Bardiau

La Pommeraie idéale se visite sur rendez-vous.

www.pommeraie-ideale.com

 

  • 6 octobre 2021
  • personne(s) aime(nt) cet article
  • Aucun commentaire

J'ai découvert le Berry lors d'une pause en direction du Sud. Un havre de paix où j'ai pris racine et dont je continue de découvrir les richesses vingt ans après.


Ajouter un avis